Le chemin de la vallée
- Mirabelle

- Oct 26, 2025
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Je suis arrivée en Suisse depuis la Grande-Bretagne à mes 11 ans, avec le monde entier imprégné dans mes yeux, ma langue. Je parlais un français correct, naturellement mélangé avec de l’anglais, à la façon de l’école à Londres. Là, dans cette petite vallée dans les Alpes suisses, j’amenais avec moi la fraîcheur de l’océan, les profondeurs de la forêt, et le cosmopolitisme de la capitale internationale.
En raison de ma différence, de mon mystère, on se méfiait de moi sans me connaître. En réponse, j’éprouvais une haine, encadrée d’une ferme suffisance de soi, pour survivre à ces années tumultueuses de la préadolescence. Une barrière entre moi et les autres — ceux de la vallée, que je voyais comme étant inférieurs de par leur manque d’ouverture d’esprit — s’était établie. Les insécurités mentales et corporelles s’extériorisaient par de la méchanceté et par la passion de l’appartenance à un groupe. Je désirais tant être invitée à leurs soirées au bowling, et pouvoir boire des bières illégalement, en rigolant ensemble.
« Je ne ferai jamais partie de leur monde. »
Puis le Collège (lycée) fut une chance de commencer à nouveau. Tout le monde, de partout dans le canton, se mélangeait, et tout à coup, je n’étais plus la nouvelle. J’avais regagné la confiance qui était mon trait marquant de ma jeunesse, mais maintenant elle était un peu plus prudente, gardant la timidité du Cycle.
Ainsi, j’ai pu m’ouvrir aux autres. Je commençais à m’habituer aux termes suisses — natel, chiquelette, septante — et on m’accueillait comme une frangine. C’était un soulagement, et là, enfin, je me retrouvais moi-même : une jeune fille heureuse, confiante et aimée par ceux qui lui sont proches.
J’étais tellement reconnaissante envers mes copines, qui peut-être ne se sont jamais posé la question sur l’impact profond que leur amitié a eu sur moi. Nos repas du midi ensemble, les pauses café à papoter de tout et de rien, à s’aider à réviser pour les cours en s’étalant sur l’herbe devant l’école, le soleil sur nos sourires… C’était tout ce dont j’avais rêvé pour une vie de collégienne.
Puis ces amitiés se sont étendues jusqu’à venir à ma rencontre dans mon bus matinal. J’avais concentré mon énergie sur les nouvelles rencontres en plaine, et je gardais un œil méfiant sur ceux de la vallée. Mais peu à peu, je me suis retrouvée dans la même classe que certains d’entre eux, et ils sont devenus le pont entre ma nouvelle vie au collège et ceux de la vallée.

Je voyais leur aisance à passer entre les deux mondes, et gentiment, je me suis retrouvée à faire de même. À la place d’une manque d’ouverture d’esprit que je voyais au Cycle, ils incarnaient une soif de connaissance mêlée à un amour pour leur pays local.
Grâce à ces amis, et armée de quelques années de beuveries, j’ai rejoint le groupe de la Jeunesse de mon village. Les soirées étaient multiples, et je finissais toujours parmi les derniers vivants à 4 h du matin — même si mon état le lendemain n’était souvent pas le meilleur, j’étais là, j’étais avec eux, j’étais heureuse.
Maintenant, j’ai été promue à une des « anciennes » de la Jeunesse. Je peux fièrement les appeler mes amis les plus proches, je peux dire ma vallée chérie, jusqu’à même devenir fille d’honneur de la fanfare du village. J’ai ainsi pu guérir mes peurs puériles de la préadolescence, en me prenant par la main. « J’aime bien ce monde » est une phrase qu’à mes 11 ans j’aurais pensée imprononçable.

C’est grâce à ce cher Apéro Club que j’ai pu trouver cet équilibre entre la découverte du monde et l’ancrage d’un “chez-moi”. J’admirais l’implication de mes copains / copines dans les affaires locales, leur initiative, leur passion pour toujours créer une ambiance conviviale. Si les liens que j’avais noués dans toutes les autres villes où j’ai grandi se desserraient, ici, dans les montagnes, ils étaient solides, pour gravir les sommets ensemble.
Je sais que lorsqu’ils liront ce morceau ils vont me rire au nez, à leur façon affectueuse, et compter mes larmes quand je penserai tour et à tour quelle chance j’ai de les avoir dans ma vie.



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